Mes cosmétiques, un cocktail de produits toxiques !

Régulièrement, les cosmétiques font la une des magazines de santé et de consommation. Et de moins en moins pour en vanter les vertus mais plutôt pour dénoncer leur action toxique sur notre santé. Ingrédients irritants, perturbateurs endocriniens voire cancérogènes… Tout cela est d’autant plus grave que nous retrouvons ces mêmes produits dans notre alimentation et dans l’air que nous respirons dans nos logements. De surcroit, tous les scientifiques s’accordent à dire que le problème est non seulement la durée d’exposition – à savoir quasi permanente – mais aussi l’effet cocktail. Et si on essayait de limiter les dégâts en se tournant vers des cosmétiques plus sains ?

Et attention à tous les pièges tendus par certaines marques qui sous couvert d’image naturelle, éthique ou autre, nous arrosent de perturbateurs endocriniens à gogo. Un produit est clean si et seulement si l’étiquette le démontre et non son packaging…

Mais d’abord, comment lire l’étiquette d’un produit cosmétique ?

Les ingrédients sont indiqués par ordre décroissant dans la liste INCI (Nomenclature Internationale des Ingrédients Cosmétiques). En moyenne, les 5 premiers ingrédients représentent 70% de la composition du produit cosmétique. Les ingrédients naturels sont en latin et les ingrédients chimiques en anglais.

Mais pourquoi s’intéresser à cette liste ? Tout simplement parce qu’elle nous réserve des surprises. Oui comme cette fois où l’on demande conseil sur un soin réparateur clean pour cheveux et que l’on se voit proposer en toute bonne foi un produit à base d’huile d’argan bio. Le produit est ultra efficace mais à y regarder de plus près, l’huile bio figure en queue de liste INCI et les 4 premiers ingrédients sont tous des perturbateurs endocriniens… Oui parce que « à l’huile biologique de … » ne signifie en aucun cas que le produit est biologique mais seulement que l’un de ses ingrédients l’est. Vigilance donc surtout face aux packagings trompeurs !

Si vous n’êtes ni bilingue anglo-latin ni chimiste, ce qui suit devrait vous aider…

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Voici quelques ingrédients à éviter 

Le BHA ou le Butylated Hydroxyanisole ou encore le Butylhydroxyanisole est un antioxydant reconnu comme perturbateur endocrinien et classé « cancérogène possible  » par le CIRC1. Il est présent dans certains produits de maquillage, de soins du corps, d’hygiène dentaire et des cheveux mais également dans des produits réservés aux plus petits comme ceux pour éviter l’érythème fessier et vendus en pharmacie… Le BHT est assez fréquemment utilisé pour remplacer le BHA. Malheureusement, selon l’ANSES, étant très proche du BHA il ne saurait être recommandé en l’état actuel des connaissances scientifiques2.

Les filtres UV comme l’Ethylhexyl Methoxycinnamatene ne sont pas seulement réservés aux produits solaires. On peut également les retrouver dans les crèmes de jour, les BB et CC crèmes, les fonds de teint même sans précision de protection… Mais également dans les sticks à lèvres utilisés quotidiennement ou les produits pour bébés ! Et ce sont des perturbateurs endocriniens qui nuisent au fonctionnement de la thyroïde et de la production d’œstrogènes1. Les Benzophenone-1 et le Benzophenone-3 ne sont en principe plus présents dans les protections solaires mais peuvent toujours être présents dans les vernis à ongles, les déodorants, les produits de soins visage et cheveux.

Les fameux parabènes comme par exemple le Butylparaben, le Propylparaben, le Sodium Butylparaben, le Sodium Propylparaben, le Potassium Butylparaben et le Potassium Propylparaben. Ils permettent de conserver longtemps le produit sans développement de champignons ou de moisissures. Cependant, les parabènes sont irritants pour la peau.  Et surtout, il s’agit de perturbateurs endocriniens3 et de produits probablement cancérogènes.

Le triclosan4 est un antibactérien  et un conservateur. Il est souvent présent dans le dentifrice, la mousse à raser et le déodorant. Il est cancérogène et perturbateur endocrinien1.

Les silicones comme le Cyclopentasiloxane, le Cyclotetrasiloxane et le Cyclomethicone et tous les dérivés en -icone sont des émollients. Ils permettent d’adoucir la peau et les cheveux mais à quel prix ? Ce sont des perturbateurs endocriniens, qui plus est, toxiques pour la reproduction1. On peut les retrouver quasiment partout : déodorant, parfum, maquillage, produits solaires, soins du corps, produits d’hygiène dentaire, produits pour bébés et enfants, soins des cheveux et soins du visage.

Le Butylphenyl Methylpropional, le Lilial ou le BMHCA est un parfum considéré comme un allergène et surtout il est toxique pour la reproduction1.

Les Methylisothiazolinone (MIT) et le Methylchloroisothiazolinone (MCIT) sont des conservateurs présents dans le maquillage, les produits solaires, les soins du corps, les produits d’hygiène dentaire, les produits pour bébés et enfants, les soins des cheveux et les soins du visage. Ils ont reçus le prix – non envié – de produit irritant de l’année en 20135

Le Résorcinol ou Résorcine est un produit chimique largement présent dans les colorations pour cheveux ou barbes. Il est particulièrement irritant et est un perturbateur endocrinien1

La p-Phenylenediamine est un irritant extrêmement puissant présent dans les colorations capillaires. De nombreux cas d’eczéma sévère sont remarqués chez les utilisateurs et les coiffeurs1.

Le Phenoxyethanol est un conservateur à ne pas utiliser chez les bébés et les femmes enceintes car il est toxique pour le foie et le sang des bébés et des foetus selon l’ANSM6.

Les huiles minérales et hydrocarbures de synthèse7 sont interdits pour les produits alimentaires (cancérogènes) mais autorisés en cosmétiques, notamment pour les produits pour les lèvres, utilisés quotidiennement…et ingérés1 !

Les sels d’aluminium sont également à éviter comme tout composé d’aluminium. De nombreuses études les rendent responsables de l’augmentation des cancers du sein. Aujourd’hui, ils sont toujours autorisés car la méthodologie des études ont été jugées peu rigoureuses par les autorités françaises et européennes.  « Dans le doute, abstiens-toi… » Les nominés sont : Aluminum zirconium pentachlorohydrate Aluminum chlorohydrate, Aluminium Sesquichlorohydrate

Les sulfates servent d’agents moussants dans les shampoings, les savons et les produits d’entretien… On les reconnait à leur doux nom en sulfate comme Sodium lauryl sulfate, Sodium laureth sulfate, Ammonium Lauryl sulfate. Ils sont irritants1, assèchent la peau et les cheveux et détruisent leur barrière naturelle.

Les phtalates sont des perturbateurs endocriniens notamment nocifs pour le système reproducteur masculin selon des chercheurs français de l’INSERMCEA et de l’université Paris 78.

On comprend qu’après cette liste à la Prévert, le découragement pointe le bout de son nez ! Comment trouver des produits dignes de confiance sans y passer la nuit ? Peut-être en regardant du côté des produits naturels et biologiques. Mais à ce propos comment les reconnait-on ? N’y a-t-il pas d’arnaques derrière tout cela ?

Ingrédients issus de l’agriculture biologique, ingrédients naturels et ingrédients d’origine naturelle

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Un ingrédient naturel qu’il soit végétal, animal ou minéral est purement et simplement extrait de la nature. Concrètement, il est transformé physiquement et non pas chimiquement. Par exemple,  les plantes séchées, les hydrolats, la cire d’abeille, les huiles végétales sont des ingrédients naturels. Comme il n’est pas modifié, ses bénéfices sont conservés.

Un ingrédient d’origine naturelle est issu de la transformation chimique d’un ingrédient naturel. Cette transformation chimique permet d’obtenir de nouvelles actions de l’ingrédient mais modifie également ses propriétés originelles. Par exemple, le naticide est un conservateur d’origine naturelle à base d’extrait de vanille et d’amande.

Un ingrédient bio est un ingrédient naturel issu de l’agriculture biologique. Sa culture n’a nécessité ni pesticides ni engrais chimiques.

Même si un produit naturel est bien meilleur qu’un produit conventionnel, l’idéal est de choisir un produit naturel et bio. Il sera dépourvu de pesticides (selon le pourcentage de bio indiqué) et de perturbateurs endocriniens.

Maintenant que tout cela est clair, comment reconnaître un cosmétique bio ?

Un produit est biologique si et seulement s’il est labélisé avec un logo reconnu. Encore une fois, « à l’huile biologique de … » n’offre aucune garantie santé.

Jusqu’en 2016, il n’y a avait aucune réglementation sur les cosmétiques biologiques et aucune certification publique officielle. C’est pourquoi, plusieurs labels privés se sont créés et notamment :

  • Cosmebio – Cosmétique bio & Cosmebio – Cosmétique éco selon le cahier des charges international Cosmos

Ces différents labels ont chacun leur cahier des charges plus ou moins strictes. Le cahier des charges le plus strict étant celui de Nature & Progrès. Il est le seul à exiger 100% de produits végétaux biologiques et l’un des 2 seuls à proscrire tout produit de synthèse. Il interdit également l’usage de l’huile de palme (et des ses dérivés) si néfaste à l’environnement.

Néanmoins malgré les différences, l’ensemble de ces labels interdit la présence de :

  • Silicone

  • Huile minérale

  • OGM

  • Parfums et colorants de synthèse

  • Phtalates

  • Sodium laureth sulfate, néanmoins les autres sulfates sont tolérés dans les shampoings bio

  • Nanoparticules à l’exception d’Ecocert et de Cosmebio  (Cosmétique bio & Cosmétique éco), qui ne les autorisent que dans les crèmes solaires

Même si choisir des cosmétiques labellisés bio ne garantit pas à 100% l’absence de produits néfastes selon le label choisi, il réduit considérablement les risques de s’intoxiquer à petit feu.

Depuis 2016, la norme ISO 16128 permet d’afficher la part de produits biologiques et naturels dans un cosmétique, mais en autorisant les produits chimiques qu’interdisent les labels privés et sans fixer de part minimale de produits biologiques. Elle vient malheureusement apporter plus de confusion qu’autre chose. Il vaut mieux donc, dans l’état actuel, s’en tenir aux labels privés cités plus haut.

Voici quelques bons réflexes complémentaires :

  • Choisir des produits dont la liste d’ingrédients est courte. C’est généralement bon signe et cela facilite grandement l’analyse

  • Scanner les produits avec des applications comme Yuka, INCIBeauty ou QuelCosmetic. Celles-ci alertent sur les composants allergènes, irritants, perturbateurs endocriniens ou cancérogènes. Cependant, les résultats ne sont pas toujours cohérents entre les différentes applications. La vigilance reste de mise…

  • Si vous trouvez que les produits cosmétiques bio sont trop chers et que le DIY ne vous dit trop rien, vous pouvez vous penchez sur les cosmétiques bio en vrac qui sont généralement moins chers.

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1 Source : Que choisir – Produits cosmétiques – Les fiches des molécules toxiques à éviter

2 Source : AVIS de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation,de l’environnement et du travail relatif à l’évaluation des substances inscrites au programme de travail 2015 de l’Agence dans le cadre de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE)

3 Source : INSERM – L’exposition des femmes enceintes à certains phénols – triclosan et parabènes- pourrait perturber la croissance des garçons durant la période fœtale et les premières années de vie

4 On le retouve aussi sous les noms suivants : éther de diphényle d’hydroxyle, trichloro et carbanilide

5 Source : Que choisir – MIT – Un allergène majeur enfin encadré

6 Evaluation du risque lié à l’utilisation du phénoxyéthanol dans les produits cosmétiques –ANSM – juin 2012 mis à jour en décembre 2016

7 On les retrouve sous les dénominations suivantes : Cera Microcristallina, Ceresin, Hydrogenated Microcrystalline Wax, Hydrogenated Polyisobutene, Microcrystalline Wax,  Ozokerite, Paraffin, Paraffinum liquidum, Petrolatum,  Polybutene, Polyethylene, Polyisobutene ou Synthetic wax

8 Source : Article « Phtalate : un produit chimique sans danger ? »

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